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Le concept de « tueur en série » suscite, depuis plusieurs décennies, un intérêt soutenu en criminologie, en psychologie et en sociologie. Ces disciplines s’efforcent d’en préciser la définition et d’interroger ses fondements théoriques et pratiques. Bien que statistiquement rare, le meurtre sériel bénéficie d’une médiatisation disproportionnée, qui contribue à forger un imaginaire collectif marqué par l’horreur et le sensationnalisme. Cette surmédiatisation pose la question du décalage entre la rareté empirique du phénomène et sa prégnance sociale, ce qui explique la volonté persistante des chercheurs de parvenir à une conceptualisation rigoureuse, malgré des désaccords sur plusieurs critères essentiels.

 

Définition classique : trois meurtres, un intervalle, une absence de mobile rationnel

En criminologie, la définition la plus répandue à la fin du XXᵉ siècle qualifie de tueur en série tout individu ayant commis au moins trois meurtres distincts, séparés par des intervalles de temps pouvant aller de quelques jours à plusieurs années. Ainsi, un rapport officiel français précise : « trois meurtres ou plus commis de sang-froid et sans mobile apparent, à distance les uns des autres avec un intervalle de temps séparant chaque événement, constituent un crime en série ».

Cette approche insiste sur trois éléments : l’absence de lien manifeste entre le tueur et ses victimes (souvent choisies au hasard ou de manière opportuniste), l’absence de mobile rationnel (ni lucratif ni idéologique) et la recherche d’une gratification personnelle. Elle exclut dès lors les tueurs de masse (multiples victimes en un seul événement), les spree killers (meurtres successifs sans période de latence) ainsi que les homicides commis pour le compte d’autrui ou dans un cadre terroriste, politique, passionnel ou guerrier.

« Adjorlolo et Chan (2014), suggèrent que le tueur en série se définit par « au moins deux meurtres reliés sur le plan forensique, commis comme des événements distincts par la ou les mêmes personnes au cours d’une période donnée, avec ou sans intention manifeste de continuer a tuer, le modile principal étant la gratification personnelle »

 

Vers une définition élargie: l’influence du FBI et l’abaissement du seuil

Depuis les années 2000, la définition s’est assouplie, notamment à la suite d’un symposium du FBI en 2005. Dans une perspective opérationnelle, les experts ont abaissé le seuil à deux meurtres afin d’inclure les criminels arrêtés précocement. Le FBI définit désormais le tueur en série comme « un délinquant unique ayant tué au moins deux victimes lors d’événements distincts et à des moments différents ».

Cette définition, volontairement inclusive, n’impose ni durée minimale de « refroidissement » entre les crimes, ni exigence de mobile explicite. Elle insiste en revanche sur la nécessité de prouver que les actes sont distincts mais attribuables au même auteur, idéalement grâce à des liens médico-légaux (empreintes, ADN, modus operandi).

 

Vers une définition scientifique standardisée: les critères contemporains 

Des auteurs contemporains, tels qu’Adjorlolo et Chan (2014), suggèrent que le tueur en série se définit par « au moins deux meurtres reliés sur le plan forensique, commis comme des événements distincts par la ou les memes personnes au cours d’une période donnée, avec ou sans intention manifeste de continuer a tuer, le mobile principal étant la gratification personnelle. 

Ainsi, la définition scientifique contemporaine se cristallise autour de trois éléments fondamentaux :
1. Pluralité d’homicides (au moins deux) commis distinctement.
2. Séquentialité temporelle impliquant une période de latence.
3. Motivation intrinsèque, fondée sur une recherche de gratification personnelle (pouvoir, plaisir, sexualité), par opposition à un gain matériel ou à un idéal politique.

 

Responsabilité pénale et rationalité perverse: le mythe du « fou »

Contrairement à une idée reçue largement relayée par les médias, les tueurs en série ne sont que rarement des malades mentaux au sens juridique. Ils présentent plus fréquemment des troubles de la personnalité (notamment psychopathiques) sans altération du discernement. La justice les considère donc presque toujours comme pénalement responsables.

Loin d’être des « fous » délirants, ils sont généralement des individus lucides dont les actes s’inscrivent dans une logique personnelle, souvent perverse, mais cohérente à leurs yeux. Cette distinction est capitale : elle permet de différencier le crime sériel des homicides commis sous l’effet d’une psychose ou d’un délire pathologique, cas rarissimes qui ne relèvent pas véritablement de cette catégorie.

 

Discussion critique
Si les critères se sont affinés, une zone de flou subsiste : le seuil arbitraire (deux ou trois victimes), l’absence de consensus sur la durée de latence, ou encore la question du mobile implicite. Par ailleurs, l’omniprésence médiatique contribue à construire la figure du « monstre sériel », ce qui influence tant la perception sociale que les politiques pénales. Le concept oscille ainsi entre rigueur scientifique et usages stratégiques (médiatiques, policiers ou judiciaires), ce qui alimente une tension constante entre définition académique et représentation populaire.

La notion de tueur en série illustre l’articulation complexe entre sciences sociales, pratiques judiciaires et représentation médiatiques. Si un socle commun de critères s’est dégagé au fil du temps, il demeure traversé par des divergences interprétatives et des enjeux de pouvoir symbolique. Plus qu’une catégorie criminologique figée, le « serial killer » apparaît comme un objet mouvant à la croisée du savoir scientifique, des nécessités d’enquête et des imaginaires collectifs.